Gérer le dollar spot : que dit la recherche ?
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Le dollar spot est devenu une préoccupation croissante pour les responsables de terrains.
Autrefois considérée comme une maladie propre aux climats chauds et humides, son incidence et sa sévérité ont augmenté ces dernières années dans les régions tempérées.
Combiné à la diminution progressive de la disponibilité des fongicides et à l’émergence de résistances, le dollar spot représente désormais l’un des plus grands défis de la gestion moderne du gazon.

Cet article synthétise les résultats de publications scientifiques afin de proposer des stratégies concrètes, fondées sur la recherche, pour gérer le dollar spot tout en réduisant le recours aux fongicides.
L’objectif : adopter une approche intégrée, durable et adaptée aux conditions professionnelles des gazons.
Comprendre l’agent pathogène
Le champignon historiquement connu sous le nom de Sclerotinia homoeocarpa a été reclassé en 2018 dans le genre Clarireedia.
Plusieurs espèces sont aujourd’hui reconnues, notamment C. jacksonii, C. monteithiana, C. homoeocarpa et C. bennetti – ces deux dernières étant les plus fréquemment observées sur les gazons.
Le dollar spot se développe entre 21 et 27 °C, dans des conditions d’humidité relative supérieures à 70 %. Il hiverne dans la couche de feutre et se réactive rapidement lorsque les conditions estivales lui sont favorables, ce qui en fait une maladie de plus en plus fréquente durant été .
Résistance aux fongicides : une limite croissante
Bien que certains fongicides restent efficaces, l’utilisation répétée de substances actives isolées a conduit à une résistance généralisée à certains ingrédients.
La résistance est largement documentée, notamment aux États-Unis et dans certaines régions d’Europe.
Les bonnes pratiques incluent la rotation des substances actives et l’utilisation de modèles de prévision des maladies, tels que le modèle Smith-Kerns, pour mieux cibler les périodes d’application.
Pour pérenniser la lutte contre les maladies, de plus en plus de responsables de terrains cherchent à réduire leur dépendance aux fongicides, en misant sur des stratégies culturales et nutritionnelles.
Gestion intégrée : que recommande la recherche ?
Sélection des espèces et des cultivars
Il existe une hiérarchie claire de sensibilité entre les espèces : la fétuque élevée est l’une des plus tolérantes, suivie du ray-grass anglais, puis de la fétuque rouge et de l’agrostide stolonifère. Le pâturin annuel (Poa annua) est le plus sensible.
Les cultivars modernes d’agrostide, comme Riptide ou Piranha, montrent une meilleure résistance. Certaines fétuques dotées de niveaux élevés d’endophytes, comme Rubicus, ont également montré une réduction de l’incidence de la maladie.
Aucun cultivar n’est totalement résistant, mais le choix variétal et le sursemis avec des variétés plus tolérantes permettent de réduire significativement la pression de la maladie.

Roulage : une méthode physique efficace
Peut-être la stratégie non chimique la plus efficace selon les essais, le roulage régulier permet de réduire significativement la gravité du dollar spot. Dans des essais pluriannuels :
- Le roulage 5 à 10 fois par semaine offrait la meilleure réduction de pression de la maladie.
- Les roulages du matin et de l’après-midi étaient tout aussi efficaces, suggérant que l’élimination de la rosée n’est pas la seule explication.
- Les bénéfices proviennent probablement d’une modification du microclimat et d’un compactage de la couche de feutre.
Le roulage est particulièrement utile pendant les périodes de risque élevé, et a montré des effets positifs sur les greens, les abords et même les fairways.
Gestion de l’humidité
Contrairement à de nombreuses maladies du gazon, le dollar spot prospère lorsque le sol est sec mais que le couvert végétal reste humide et saturé. Il faut donc trouver un équilibre délicat :
- L’élimination de la rosée est essentielle, par brossage ou roulage.
- Maintenir une humidité du sol autour de 75 % de la capacité au champ.
- Préférer des arrosages légers et fréquents plutôt que profonds et espacés.
Une gestion précise de l’humidité réduit le stress de la plante et rend les conditions moins favorables au développement du pathogène.
Réduction du feutre
Les études confirment que le Clarireedia survit dans le feutrage, et non dans le sol. Une gestion efficace du feutrage est donc essentielle :
- Scarification, carottage creux et sablage permettent de réduire le volume de feutre.
- Moins de feutre signifie moins de réservoirs infectieux et moins de persistance de la maladie.
Approche nutritionnelle: bien doser l’azote
La disponibilité en azote a un effet direct, démontré, sur la sévérité du dollar spot. Un apport trop faible favorise la maladie, alors qu’un niveau approprié la supprime.
Les recherches suggèrent :
- 3 à 5 kg N/ha par semaine en été constitue une bonne base.
- Des doses plus élevées (par exemple 10 kg N/ha toutes les deux semaines) peuvent encore améliorer la situation, en tenant compte de la tolérance des espèces et de la zone géographique.
- La forme d’azote uréique montre une efficacité interressante , et souvent plus que les sources organiques.
Explorer les alternatives non fongicides
Biostimulants
De nombreux biostimulants ont été testés dans des essais contre le dollar spot, avec des résultats pouvant être très variables.
Les produits destinés à stimuler la résistance systémique acquise (SAR) ou induite (ISR) présentent un potentiel, mais les résultats sont variables.
Une observation clé est que la réponse des cultivars à ces produits diffère fortement. Certains traitements, comme l’acide silicique (à ne pas confondre avec l’acide salicylique), montrent des effets constants. D’autres peuvent être inefficaces, voire aggraver la maladie selon le cultivar.
Cela souligne l’importance de tester ces produits dans un contexte spécifique au site, notamment sur les Agrostis spp., qui présentent une grande variabilité génétique.
Produits biologiques
Les produits contenant des micro-organismes bénéfiques comme Pseudomonas ou Bacillus ont p montré un intérêt, mais les résultats peuvent variés.
Des applications fréquentes, sont souvent nécessaires pour constater un effet positif. Les réussites observées sont variables selon les régions et selon le niveau de pression de la maladie.
Le fer
Cet outil traditionnel connaît un regain d’intérêt et les formes sulfate de fer permettent de réduire le dollar spot. Son action serait liée à une toxicité directe sur le champignon.
⚠️ Le soufre seul ou le fer chélaté ne produisent pas cet effet.
Cependant, ces doses élevées entraînent un noircissement du gazon, peu souhaitable sur les surfaces de jeu.
Résumé pratique
D’après la littérature et les essais :
- Fongicides : efficaces mais à utiliser avec modération, en rotation, et avec l’appui de modèles prédictifs.
- Sélection variétale : privilégier des espèces/cultivars plus tolérants, sursemer si possible.
- Roulage : très fréquent en été pour freiner la maladie.
- Humidité : éliminer la rosée et éviter le stress hydrique.
- Feutre : réduire la matière organique par des moyens mécaniques.
- Azote : maintenir un apport d’au moins 3–5 kg N/ha/semaine.
- Biostimulants : l’acide silicique est le plus fiable à ce jour.
- Fer : possible en solution complémentaire.
Recherches en cours
Des essais sont actuellement menés en Italie, en France et en Australie pour évaluer des programmes de gestion intégrée et combiner produits nouveaux et existants. Les premiers résultats sont attendus fin 2025 et devraient permettre d’affiner les stratégies.
Conclusion
La gestion du dollar spot fait aujourd’hui l’objet d’une attention croissante dans l’industrie. La poursuite des essais est essentielle pour permettre aux professionnels du gazon de prendre des décisions éclairées et de préserver la qualité de leurs surfaces.
Une approche intégrée, fondée sur la connaissance du pathogène, des applications fongicides ciblées, un programme nutritionnel adapté et des pratiques culturales efficaces, semble être la meilleure voie pour maîtriser durablement cette maladie.



